Les effets du conflit au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz se font ressentir sur l’économie luxembourgeoise. Le Statec a délivré ce mardi lors de la présentation de la Note de Conjoncture ses prévisions pour les prochains mois. Dans un scénario de « conflit court », l’inflation atteindrait les 2,5 % en 2026 et les 1,7 % en 2027 tandis que dans une hypothèse plus pessimiste, elle atteindrait des sommets : 4 voire 6 % cette année.


« Le contexte international est particulièrement instable », lance tout de go Gabriel Gomes, chef du service « Modélisations et prévisions » du Statec lors de la présentation ce mardi de la Note de Conjoncture. Depuis 2022, l’économie mondiale enchaîne les mauvaises passes : la guerre en Ukraine, la montée des incertitudes liées à la politique commerciale agressive des États-Unis, et « pile au moment où celles-ci commençaient à se normaliser, on a la guerre en Iran », poursuit-il.

La situation actuelle revêt un caractère exceptionnel. « Nous sommes dans une incertitude mondiale de niveaux vraiment très élevés », dit-il. Depuis le début du mois de mars 2026, à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz, le commerce maritime s’est effondré. Depuis le début du conflit États-Unis-Israël-Iran, le prix du baril de Brent a flambé, atteignant les 120 dollars. Depuis, il s’est un peu stabilisé. Cependant, « il est resté à des niveaux très élevés », soutient-il. Heureusement, les marchés considèrent que  le choc est « temporaire ». Traduisez : les prix ne devraient pas rester aussi hauts durant une longue période.

Le choc inflationniste de 2022 ne ressemble en aucun cas à celui de 2026. Le risque d’approvisionnement en gaz qui avait été « crucial » il y a quatre ans à cause de la dépendance envers la Russie serait a priori « plus faible », selon Gabriel Gomes. La part du Moyen-Orient dans les importations de gaz en Europe est très faible.

Les prix de l’alimentaire, le carburant de la spirale inflationniste ?

Ne possédant ni baguette magique ni boule de cristal et face à une incertitude quant à la durée du conflit au Moyen-Orient, les prévisionnistes du Statec ont établi deux scénarios.

Le scénario central table sur un conflit de « courte durée » tandis que le secondaire se base sur une durée plus longue (un blocage de 6 mois). Dans une configuration de conflit court, l’inflation atteindrait les 2,5 % en 2026 et les 1,7 % en 2027. « Les prix de l’énergie sont supposés se stabiliser, voire se normaliser en 2027 ce qui contribue à tirer l’inflation vers le bas ». Après la tranche indiciaire du 1er juin 2026, une deuxième serait attendue au 2e trimestre de l’année prochaine. Dans l’hypothèse pessimiste, l’inflation s’approcherait des 4 % voire des 6 % en 2026 et 2,4 % en 2027, déclenchant une tranche indiciaire dès le troisième trimestre 2026. Un point qui sera sûrement discuté lors des réunions de la tripartite énergie. Gabriel Gomes prévient : dans le cas d’un conflit prolongé, les prix de l’alimentation risqueraient de nourrir la spirale inflationniste.

Et le Luxembourg dans tout ça ? Il tire la langue. Le PIB a progressé de 0,6 % en 2025, « ce qui est bien mieux qu’en 2024 mais ce qui reste assez faible par rapport à la croissance historique et aussi aux résultats dans la zone euro », analyse Pauline Perray, cheffe de l’unité « Conjoncture », rappelant au passage que la mauvaise performance dure depuis quatre ans. Au mieux, dans une configuration de « conflit court », le PIB progresserait de 1,2 % en 2026 et de 1,9 % en 2027. Si le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz venaient à se prolonger, à ce moment-là, le PIB reculerait de 1 % en 2026. Comme l’explique Mme Perray, « cela serait dû à une baisse de la demande étrangère et à une dégradation de l’environnement financier ». Le taux de chômage resterait entre 6,2 et 6,7 % de la population active.

Une croissance en panne et un déficit encore plus creusé

Évidemment, l’effet « boule de neige » se fait aussi ressentir sur les finances publiques. Pendant une longue période, les caisses de l’État étaient bien remplies. Aujourd’hui, la taille du trésor diminue. Le solde public est passé d’un excédent de 0,9 % en 2024 à un déficit de 2 % du PIB l’an passé.Cette dégradation des finances publiques est liée « en partie » au ralentissement « prononcé » des recettes. Ce dernier a un lien direct avec les mesures de soutien au pouvoir d’achat mais aussi à la baisse des impôts sur les sociétés, « alors qu’ils avaient fortement progressé les deux années précédentes », souligne-t-elle. Du côté des dépenses, il y a eu beaucoup plus de transferts en capital vers les fonds pour le logement abordable, pour la coopération et le développement, et aussi pour le climat. Ce qu’il faut retenir ? Le déficit public pourrait se stabiliser autour de 2% du PIB, mais en cas de dégradation de l’activité et de hausse des prix et du conflit prolongé au Moyen-Orient, il pourrait s’approcher des 3%. Cela serait lié à une accélération des dépenses et à une baisse des recettes.


L’info en plus

Moins de frontaliers allemands mais toujours plus de français

Depuis deux ans, le Luxembourg n’attire plus vraiment les travailleurs frontaliers allemands et belges. Selon le Statec, il y a des nuances à apporter notamment avec la Belgique car beaucoup de Luxembourgeois et de Portugais habitent désormais dans le Royaume. Selon Pauline Perray, cheffe de l’unité « Conjoncture », s’il y a une hausse des frontaliers belges, ce n’est pas le cas du côté allemand. « On voit vraiment une baisse claire », dit-elle. « Une possible explication serait le salaire en Allemagne, qui en termes de pouvoir d’achat serait peut-être un peu plus attractif et donc qui n’inciterait peut-être pas les personnes qui vivent en Allemagne à venir se déplacer au Luxembourg », continue-t-elle. Côté français, en tout cas, « on constate toujours une progression importante ».























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