Nombre d’établissements de crédit en hausse, emploi stable, bilans en légère progression … le secteur bancaire luxembourgeois reste robuste. Si 2025 est qualifiée par les dirigeants de l’Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL) de « 2e meilleure année de son histoire » au niveau des résultats, il n’empêche que l’environnement est devenu plus exigeant.

Qu’on se le dise : le secteur bancaire reste l’un des moteurs de l’économie luxembourgeoise. C’est ce qu’a, entre autres, affirmé l’ABBL lorsqu’elle a dressé jeudi devant la presse l’état des lieux de l’année 2025 et présenté ses perspectives. Première information, et pas des moindres : le nombre d’établissements de crédit a augmenté. Aujourd’hui établi à 116, ce chiffre ravit Yves Stein, le président de l’association regroupant les banques de la place. On est bien loin des données de 2010 mais cet indicateur témoigne d’une dynamique positive . « On était habitués à en voir disparaître ces dernières années. Aujourd’hui, on voit que la tendance a été inversée », dit-il. Cela confirme l’attractivité du Luxembourg et qu’un « certain nombres d’acteurs, qui ne sont pas encore présents, auront des opportunités de s’y installer ».

Les chiffres de l’emploi restent stables, autour des 26.000 salariés, malgré un phénomène de concentration des acteurs dans le secteur. Pour Yves Stein, cette donnée montre qu’il y a « une transformation permanente qui est motivée par une recherche d’efficience dans la durée. Ce qu’on ne voit pas, c’est qu’il y a à l’intérieur de cette population une évolution qualitative certaine ». Comprendre par-là, des spécialistes et des experts dans des domaines variés (IA, par exemple). Le secteur se diversifie. Il intègre désormais des acteurs du paiement, des cryptomonnaies ou de la monnaie électronique.

Le bilan des banques approche les 1.000 milliards d’euros. Un niveau élevé. « C’est un indicateur positif s’il évolue dans le bon sens », prévient le président de l’ABBL. Or, les activités hors bilan sont très importantes sur la place. Les tensions sont visibles. D’un côté, le produit net bancaire, l’équivalent du chiffre d’affaires, reste stable tandis que la marge d’intérêt s’érode sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt et du renchérissement du refinancement. D’ailleurs, l’activité de crédit aux entreprises a ralenti, ce qui n’est pas le cas pour les particuliers.

2026, l’année de tous les dangers

Dans le même temps, les coûts continuent d’augmenter avec les tranches indiciaires, la pression sur les employés et les exigences croissantes en matière de cybersécurité et de conformité. Les revenus sont sous pression. Toujours est-il que malgré des profits en baisse de 5,4 % et un résultat net de 6,8 milliards d’euros, 2025 est «la deuxième meilleure année du secteur bancaire dans son histoire » après 2024, assure Yves Stein. Cela marque notamment l’entrée dans une phase plus exigeante. « La marge d’intérêt a diminué mais les banques de la place ont su compenser cette baisse de marge par des revenus », commente-t-il.

Un très bon cru, certes, qui ne doit pas faire oublier que la Place évolue dans un environnement incertain.

Et 2026 ? D’après l’ABBL, tout avait bien commencé. Mais la guerre au Moyen-orient a rendu l’avenir plus incertain. « Nous sommes dans un contexte de stagflation. Si le prix de l’énergie reste trop élevé, on rentrera en récession », avertit Yves Stein. Après deux exercices portés par un environnement de taux favorable, le secteur bancaire change de dimension. Les marges d’intérêt devraient progressivement se tasser tandis que les coûts continuent d’augmenter, selon l’association. Elle prévoit une croissance davantage portée par la capacité des banques à s’adapter.

Le Luxembourg conserve « des atouts solides » pour rester une place financière de premier plan, mais cet équilibre ne peut être tenu pour acquis. Dans un environnement plus complexe, la prospérité de la place financière dépendra de plus en plus de la capacité des acteurs (banques, autorités et partenaires économiques) à agir de manière « coordonnée ». « L’enjeu n’est plus seulement de s’adapter, mais de le faire collectivement et dans la durée », conclut le Président de l’ABBL. Le test de résistance grandeur nature a commencé.

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Départ des « Big 3 » : l’ABBL tourne la page

Le 1er avril dernier, PwC, EY et KPMG ont claqué la porte de l’ABBL. Un départ de poids pour les trois cabinets d’audit, qui jugeaient leur cotisation annuelle trop onéreuse. « Leurs experts ont déjà été remplacés », tempère Jerry Grbic, le CEO de l’association, après un an de négociations infructueuses. Si l’ABBL déplore cette rupture, elle refuse de céder aux exigences financières des auditeurs tout en précisant que, malgré tout, « la porte reste ouverte ».


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