Avec plus de 10.000 entreprises, plus de 105.000 emplois et 1.663 apprentis en 2025, le secteur de l’Artisanat fait face à des défis conjoncturels et structurels importants. Cependant, il ne se laisse pas abattre et propose des solutions pour transformer une situation dégradée en un cercle vertueux.
« La productivité et la rentabilité ne sont pas très en forme » dans l’Artisanat, a déclaré Tom Wirion, directeur de la Chambre des Métiers (CDM), mardi, à l’occasion de la conférence de presse sur les chiffres clés 2025. Le secteur navigue entre incertitudes (guerre en Ukraine, au Moyen-Orient ainsi que la guerre commerciale avec les États-Unis), crise et défis structurels. En d’autres termes : pénurie de logements abordables et besoins en terrains pour la construction.
Dans cette dernière, la productivité a baissé de 33 % entre 2019 et 2024. Durant cette même année, plus d’une entreprise artisanale sur trois n’a pas dégagé de rentabilité « positive ». Ce qui concerne près de 30 % des emplois. En 2025, selon une enquête de la CDM, 39 % des firmes ont subi une baisse de la rentabilité tandis que 12 % ont connu une hausse. Pour Tom Wirion, cette situation n’est pas étonnante. « Nous sommes dans la sixième année de crise depuis le COVID. Il n’y a plus eu de période où une entreprise pouvait se projeter normalement ». Un choc suit un autre. Et les sociétés voient une diminution de leurs réserves ou leur amoindrissement. Une note tout de même positive :le nombre de sociétés augmente et l’emploi se maintient.
Face à ces défis de taille, la Chambre des Métiers adopte une posture résiliente. Elle dit vouloir transformer les contraintes en un cercle vertueux. Et les idées ne manquent pas. Cela passerait par le renforcement de l’orientation des jeunes vers les métiers de l’Artisanat, évitant une perte de savoir-faire, l’amélioration de l’attractivité du marché du travail pour les frontaliers ainsi qu’une ouverture plus grande aux personnes venant des pays tiers. Dans le même temps, la « relance » du logement abordable s’impose comme un des piliers de la stratégie pour dynamiser la demande et maintenir les capacités de production, plus particulièrement dans le secteur de la construction.
Plus d’espace pour se développer
Lever les obstacles à l’investissement. La CDM prône la mise en œuvre d’un « tax shelter PME ». Ce système existe déjà pour les start-ups au Luxembourg . Il permet aux particuliers d’investir dans les petites entreprises du secteur. Elle veut aussi la création d’une nouvelle aide limitée dans le temps pour soutenir les entreprises en difficultés financières touchées par la conjoncture défavorable dès que le marché retrouvera de la vigueur.
Un autre sujet sensible : la simplification administrative. Jugée « très importante » par le ministre de l’Économie Lex Delles, elle est indispensable. Face à une charge réglementaire qui continue de peser, la Chambre plaide pour l’application systématique du principe « Think Small First », une accélération des initiatives de simplification ainsi qu’une mise en œuvre du principe du « once only ». Concernant la question des terrains, la structure représentative des artisans souhaite la mise en œuvre des principes de densification et de mutualisation notamment grâce à ce qu’elle appelle une stratégie de « Handwierkerhäff régionaux ».
L’intelligence artificielle représente une opportunité et un défi. Quatre entreprises sur dix l’utilisent, l’intégration reste encore partielle et limitée. Face à un besoin de formation « massif », la Chambre des Métiers propose la mise en place d’un « KI pakt fir Betrieber » multisectoriel qui centralisera l’information, le conseil et l’accompagnement.
L’info en plus d’Écorama
Tripartite : « il faut analyser la situation dans laquelle nous sommes »
Interrogé en marge de la conférence de presse sur la tripartite proposée par le Premier ministre Luc Frieden sur le prix de l’énergie qui réunira gouvernement, syndicat et patronat le 12 mai prochain, le directeur de la Chambre des Métiers Tom Wirion a répondu : « pour l’instant, nous disons qu’il faut analyser la situation dans laquelle nous sommes » (crise de l’énergie et inflation). Il ajoute : « à l’heure actuelle et sans constat, cela ne sert à rien de discuter des solutions si on ne partage pas les constats. C’est pour cela que nous ne donnons pas maintenant de sujets que l’on souhaite aborder puisqu’on préfère d’abord l’analyse. C’est elle qui nous montrera dans quelle direction les discussions peuvent se porter ». Pour lui, il est justifié que cette réunion ait lieu.
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