La récession a déjà commencé à pointer le bout de son nez dans certaines parties du monde. Elle se développera dans les mois à venir, selon les prévisions de la société de gestion Carmignac pour l’année 2023. Seul l’Empire du Milieu devrait tirer son épingle du jeu en enregistrant une croissance plus élevée en 2023 qu’en 2022.

En 2022, « la Chine a pu éviter un atterrissage brutal de son économie », affirme Kévin Thozet, membre du comité d’investissement de la société de gestion Carmignac. Et de quelle manière ? En se reposant largement sur les investissements de son secteur public dans les infrastructures. Elles ont progressé de 20 % « sur un an glissant » tandis que dans l’immobilier, elles ont reculé de 20 % sur la même période. Petite précision et non des moindre, ces deux composantes de l’économie représentent tout de même 15 % du PIB. D’après le spécialiste, le secteur privé chinois est «extrêmement déprimé ». En clair : il a besoin de soutien. Et ce n’est pas du côté de l’Europe ni des États-Unis qu’il le trouvera puisque les deux blocs connaîtront également les effets de la récession. Il y aura moins d’achats de produits et de services de leur part. Et ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour la demande externe.

Le consommateur chinois fait lui aussi grise mine. La forte baisse du marché immobilier et la mise sous cloche induite par la politique anti-Covid depuis ces derniers mois n’aident pas à voir l’avenir de manière sereine. Alors, comment sortir de ce contexte difficile ? D’après Kévin Thozet, mettre en place une politique monétaire, sanitaire et internationale accommodante serait la solution. En clair, il faudrait baisser les taux d’intérêt et « lâcher la bride sur la politique du zéro Covid » qui provoque actuellement l’ire de la population. Sortir de la politique ‘ zéro Covid ‘ n’est pas « une ligne droite ». Le taux de vaccination des personnes âgées est moins important qu’ailleurs dans le monde. La détente qui s’opère actuellement entre l’Empire du milieu, le pays de l’Oncle Sam et le Vieux continent est bonne augure. En termes chiffrés, la croissance chinoise devrait être de 4 %. Elle est actuellement de 3 %.

États-Unis : « une illusion d’atterrissage en douceur de l’économie »

Dans les deux autres grands blocs économiques, la situation est moins favorable. La récession en Europe a commencé au 4e trimestre 2022 et sera bien présente dans les mois à venir. L’importante augmentation des prix de l’énergie a déjà eu un impact sur la capacité d’investissement des entreprises et sur les dépenses des ménages. Heureusement, elle est « moins violente » que ce que l’on pouvait anticiper. Le risque de rationnement désordonné ne semble plus d’actualité. La question devrait plutôt se poser dans 9 mois car les effets des investissements sur le gaz liquide ne seront pas effectifs avant 2026. Quoi qu’il en soit, « l’économie européenne tient mieux que ce que l’on pouvait craindre », dit Kévin Thozet. Il ajoute : « nous anticipons une croissance de 0 % en zone euro ».

A propos des États-Unis, Carmignac s’avance au 1er semestre sur « une illusion d’atterrissage en douceur » de l’économie avec « le risque de voir sur la deuxième partie de 2023 un atterrissage plus brutal ». Durant la première partie de l’année, « nous rentrons dans cette phase de désinflation. On avait une inflation proche des deux chiffres (9.1% au plus haut) et on se dirige vers une fourchette entre 3 et 5 % sur les mois et trimestres à venir », explique l’expert de la société de gestion. La Réserve fédérale américaine devrait ramener ses taux de dépôt à 5 %. Ramener l’inflation à 2 % semble mission impossible. Pour se faire, il faudrait « un choc sur l’économie plus violent ». Actuellement, le marché de l’emploi est robuste et le consommateur est très résilient. Le taux d’épargne présente un excédent de 2.000 milliards de dollars. Un montant vertigineux. Si on veut ramener l’inflation au taux de 2 %, il n’y a pas de miracle : il faut que l’inflation salariale passe de 5 % à 2 à 3 %, soutient Kévin Thozet. Mais donc un taux de chômage plus élevé (entre 5 et 6 % contre 3,5 % aujourd’hui). Aussi l’inflation devrait faire un plateau et décélérer à un niveau plus élevé que par le passé.