Trois spécialistes de l’investissement donnent leur point de vue sur cette nouvelle année qui sera peut-être meilleure que 2020.

L’année 2020 restera à jamais celle du COVID-19. Ce virus microscopique a tué des millions de personnes à travers le monde. Pour beaucoup d’entre nous, elle est synonyme de souffrance, de télétravail, de couvre-feu et d’enfermement.

La situation reste encore difficile. Même si l’économie mondiale a connu un important rebond au troisième trimestre grâce à « l’assouplissement des mesures de confinement et au déploiement rapide de soutien politique », la reprise est « partielle et inégale », affirme la société de gestion de fonds Ethenea. Alors, que peut-on espérer pour 2021?

Andrea Siviero, Investment Strategist part sur un scénario de base marqué par « une reprise économique progressive, soutenue par les avancées dans le développement d’un vaccin efficace contre le COVID-19 et la poursuite de politiques économiques expansionnistes. Il pense que « le rebond initial sera asynchrone et inégal, selon les régions et les pays ».

Andrea Siviero Investment Strategist chez Ethenea. (Photo : ethenea)

Un redressement du marché du travail qui prendra du temps

« Nous nous attendons à ce que les pays les plus aptes à gérer la pandémie, les pays qui seront en mesure de fournir un soutien budgétaire suffisant et les économies les plus flexibles obtiennent de meilleurs résultats », dit-il. La crise économique, provoquée par les États qui souhaitaient protéger les populations, devrait laisser des traces « à moyen terme », dit-il. Le spécialiste prévoit des dépenses de consommation modérées »pendant un certain temps », particulièrement dans le secteur des services et les domaines touchés par la distanciation sociale. Pour lui, l’incertitude et les problèmes de bilan auront un impact sur les investissements des entreprises. Le marché du travail aura besoin « de temps pour se redresser ».

Dans la zone euro, selon les derniers chiffres d’Eurostat, publiés ce vendredi, en novembre 2020, le taux de chômage était de 8,3%, très légèrement en baisse par rapport au mois précédent (8,4%). Il est cependant en hausse par rapport à novembre 2019 où il se situait à 7,4%. Le taux de chômage de l’UE était de 7,5 % en novembre 2020, en recul par rapport à 7,6% en octobre 2020 et en hausse par rapport à 6,6 % en novembre 2019. Il ne faut pas non oublier qu’à la fin de l’année 2019, le coronavirus n’avait pas bloqué les économies et donc, il est logique que les taux de chômages soient moins forts qu’aujourd’hui.

Au Luxembourg, le taux de chômage en novembre 2019 s’établissait à 5,6%. Un an plus tard, il remontait à 6,5%. Là encore, la politique menée par le gouvernement de Xavier Bettel pour protéger la population du virus a eu des effets sur l’économie. A l’instar des autres pays de l’UE et du monde, il faudra du temps pour que la situation revienne à la normale. A noter tout de même qu’au troisième trimestre 2020, l’emploi salarié au Grand-Duché avait progressé de 1,4% par rapport au trimestre précédent.

Une économie moins touchée?

Le redressement attendu de l’activité économique mondiale en 2021 entre +4,5 et 5 %, « pourrait être suivi d’une trajectoire de croissance plus modérée », selon Andrea Siviero.

Autre spécialiste, Bill Street, Chief investment Officer de la banque luxembourgeoise Quintet Private Bank (ex-KBL epb) prévoit une hausse du PIB mondial de plus de 5% cette année. Il juge que les actifs liés à l’accélération de la croissance, à savoir les actions, devraient bénéficier de la « phase initiale du cycle ». « La demande pour les entreprises plus petites et plus cycliques devrait également se renforcer, tandis que la décote pour les entreprises de moindre qualité devrait diminuer », souligne-t-il. Pour lui, à mesure que les flux de valeurs refuges perdent de leur importance, « le dollar américain devrait s’affaiblir, ce qui profitera aux marchés émergents. L’or devrait également perdre un peu de son éclat au cours de cette phase initiale ».

Bill Street, CIO de Quintet Private Bank. (Photo : dr)

Au niveau mondial, « les taux de défaillance des entreprises devraient rester inférieurs au niveau observé lors des précédentes récessions, ce qui favorisera l’octroi de crédits de moindre qualité et à haut rendement », ajoute-t-il. Cela devrait également favoriser une reprise des secteurs en difficulté et, malgré l’ampleur du choc Covid-19, laisser l’économie moins impactée qu’on ne le pensait.

Une accélération de la croissance et de l’inflation

De son côté, Richard Woolnough, gérant du fonds M&G (Lux) Optimal Income fund, parle de la récession de 2020 qui aura un impact dans les années à venir. L’année qui vient de se terminer a poussé les investisseurs à « accepter plus que jamais l’étrange situation de payer pour le privilège de prêter l’argent, mettant ainsi à l’épreuve le seuil zéro » des taux d’intérêt. D’après lui, c’est certain, « il est nécessaire d’échapper à ce seuil pour des raisons de politiques micro et macroéconomiques. Pour cela, les banques centrales vont devoir être « moins indépendantes car elles travaillent en étroite collaboration avec les gouvernements ».

Richard Woolnough, gérant du fonds M&G (Lux) Optimal Income fund. (photo : m&g)

Dans un tel scénario, « la politique budgétaire et monétaire devra rester accommodante pendant un certain temps, potentiellement avec l’aide des banques centrales grâce à l’impression de monnaie afin de fournir le carburant nécessaire pour échapper à la « limite zéro » ». Ce type de politique conduit généralement à une accélération de la croissance et de l’inflation. Cela est de bon augure pour l’économie et pour le risque de crédit, mais laisse entrevoir une augmentation des rendements obligataires à long terme.

Reste à savoir si 2021 nous réservera d’autres surprises.

Certains spécialistes prévoient que les prévisions de croissance mondiale pour 2021 tourneront autour de 5%. (photo : pexels)