La formule claque comme un coup de fouet. Pourtant, elle résume un basculement stratégique majeur. Lors des 19e « Journées de l’Economie », mercredi après-midi, le message était clair : L’Europe ne peut plus se raconter d’histoires et doit agir en commun.

Le panel dont le sujet était « Securing tomorrow : Luxembourg’s rôle in defence & tech innovation », s’est ouvert sur un constat : Entre l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran, la sécurité n’est plus un acquis. Elle est un investissement.

« La situation a changé », tranche Xavier Bettel, le ministre des Affaires étrangères, du commerce et de la Coopération Xavier Bettel. Une évidence et dans le même temps un aveu. A l’image des autres pays de l’Union européenne, le Luxembourg a sous-investi.  « Je dois admettre que lorsque j’étais Premier ministre (NDLR : entre 2013 et 2023) , nous avons commencé avec un budget de 0,4 % au lieu de 2 % . Maintenant, nous devons l’augmenter ».

Derrière ce rattrapage, il existe une tension plus large : celle d’une Europe dépendante. Le Vice- Premier ministre le dit sans ambages. Il ne voit pas pourquoi le contribuable luxembourgeois payerait pour la sécurité des Etats-Unis. Dans le même temps, il constate que le continent ne produit pas assez pour se défendre seul. « Nous ne gagnons pas une guerre avec des sucettes », martèle-t-il.

Un besoin de plus de coopération

Le problème n’est pas uniquement financier. Il est structurel. « Nous avons besoin de plus de coordination. Nous sommes 27 modèles différents et nous n’avons aucune interopérabilité », résume Xavier Bettel. En d’autres termes, une dispersion qui coûte cher. Face à cela, la Commission européenne représentée par Anne Calteux veut imposer une logique collective. L’objectif ? Mieux dépenser et surtout ensemble.

Cependant, sur le terrain, c’est une toute autre chanson. Les réflexes nationaux persistent. Acheter européen reste une exception.

Pourtant, les signaux économiques sont là. Frank Thomé, membre du conseil d’administration de l’association Luxdefence et membre du comité de direction du groupe Ceratizit observe une montée en puissance de la demande. « Nous sommes sollicités par des entreprises étrangères », pointe-t-il. Une dynamique qui ouvre de réelles opportunités.

Un constat partagé du côté investisseurs. Quentin Dupraz, General Partner chez Ilvaska Vuillermoz Capital souligne le retard européen : quelques millions injectés dans les technologies de la défense alors que les États-Unis mettent des dizaines sur la table. Un écart qui en dit long sur les priorités.

Les gros avantages du petit Grand-Duché

Dans ce paysage fragmenté, le Luxembourg cherche à se faire une place. A défaut de masse, il mise sur ses atouts : Satellites (SES et Govsat), acier (ArcelorMittal), logistique, cybersécurité. «L’écosystème existe déjà », rappelle Frank Thomé. Mais il reste largement invisible. « Les entreprises délivrent déjà, mais personne ne le sait».

Le pays ne reste pas à l’arrêt. Il avance sur le plan financier. Premier à émettre une obligation d’État dédiée à la défense en Europe, il tente de se positionner comme facilitateur.

Xavier Bettel résume l’équation : le Luxembourg ne deviendra pas une puissance militaire. Cependant, il peut devenir un partenaire fiable. L’Europe est-elle capable de compter sur elle-même ? Seul l’avenir nous le dira.


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