Une semaine après le «Débat de midi » organisé par la Fondation IDEA sur l’électromobilité, une question demeure : le leasing social peut-il donner un coup d’accélérateur à la transition électrique alors que les objectifs de 2030 paraissent déjà hors de portée ? Les avis d’experts divergent.
Entre le Luxembourg et la voiture électrique, l’histoire d’amour fait de surplace. Les chiffres des ventes de décembre 2025 le confirment : les véhicules hybrides rechargeables et électriques représentent 12,5 % du parc automobile. La part des nouvelles immatriculations est de 30 %. On est encore loin de l’objectif des 49 % des véhicules électrifiés en 2030 fixé par le plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC).
A ce sujet, en janvier 2026, la Fédération des distributeurs automobiles et de la mobilité (Fedamo) et la Société nationale de circulation automobile (SNCA) avaient tiré la sonnette d’alarme. Pour elles, une telle proportion de voitures électriques ou hybrides rechargeables en circulation sur nos routes à cette date est « irréaliste », rapportaient nos confrères de Virgule.lu.
Interrogé sur le sujet le 28 janvier dernier par le site internet francophone du Wort, Serge Wilmes, ministre de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité, a répondu que cet objectif était ambitieux. «Mais il ne faut surtout pas l’abandonner. Sinon, on enverrait un très mauvais signal. Notre rôle est d’accompagner les entreprises aussi bien que les ménages dans cette phase de transition. Avec l’introduction de nouvelles aides ».
Avec un parc automobile relativement jeune (6 ans) et une part relativement importante de véhicules de sociétés (22 %), le renouvellement est plus rapide. S’ajoutent à cela un niveau de vie relativement élevé qui peut faciliter cette transition et aussi une infrastructure de recharge qui se situe « largement au-dessus de la moyenne européenne », selon Frédéric Meys, économiste à la fondation IDEA, le laboratoire d’idées de la Chambre de commerce, lors du débat de midi organisé sur cette thématique le même jour.
La prime avantage l’électrique
Plusieurs facteurs mettent un coup de frein à l’adoption d’un véhicule électrique par le grand public : l’autonomie des batteries insuffisante, le problème des bornes de recharge non accessibles dans certains logements privés et sans surprise le prix. Malgré les primes, le prix d’acquisition reste significativement plus élevé que pour un véhicule thermique équivalent. Dans son document de travail, l’économiste dit avoir analysé des véhicules comparables avec deux scénarios (un achat sur 6 ans ou 15.000 km par an) ou un leasing sur 3 ans (20.000 km par an). Il a tenu compte du coût d’acquisition, de l’énergie, de l’entretien, de l’assurance et de la fiscalité.
Le résultat est sans appel : l’électrique est beaucoup plus avantageux lorsque son achat s’accompagne de primes, le propriétaire réalise des économies avec les aides. Sans coup de pouce financier, l’avantage est inversé. Dans le cas du leasing, une fois de plus, l’électrique tire son épingle du jeu.
Mais alors, quelle solution envisager ? Le ministre de l’Environnement annonce, dans cette même interview : « pour rendre l’électromobilité accessible à tous, le gouvernement va notamment mettre en place un leasing social destiné aux ménages les plus vulnérables ». Déjà testé chez nos voisins français, le mécanisme permettra « aux ménages les plus vulnérables de faire le pas vers une voiture électrique, via un leasing personnel dont les mensualités seront très réduites. Ainsi, pour rendre l’électromobilité accessible à tous, l’État participera au financement, afin d’accélérer la transition écologique. Tout en étant socialement juste ».
Un impact budgétaire variable selon le modèle d’implémentation
Il pourrait être mis en place en 2026 « puisque c’est une des mesures qui fait partie du Plan social pour le climat que nous remettrons à l‘Europe dans les prochains mois. Nous menons, en ce moment, des échanges avec les partenaires et acteurs qui la mettront en œuvre », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « l’un des buts de ce gouvernement est de faire en sorte que l’économie durable devienne l’option la plus évidente, la plus simple et la moins chère pour la population! ». A côté de cela, le gouvernement introduira l’an prochain «le préfinancement du subside offert pour les véhicules électriques, dans le cadre du régime d’aide «klimabonus mobiliteit». Via donc un principe du tiers payant. Le citoyen ne devra dès lors plus avancer le montant de la prime à laquelle il a droit. Comme nous venons d’ailleurs de le mettre en place déjà pour l’installation de panneaux photovoltaïques ».
Pour Frédéric Meys, le leasing social a un impact budgétaire variable selon le modèle d’implémentation. Il aurait un effet redistributif positif s’il était ciblé vers les ménages modestes.
Lors du débat réunissant François Bausch, Gerry Wagner et Frédéric Meys, le principe du « leasing social » a fait consensus sur un point : l’intention est louable. « C’est une bonne idée d’ouvrir l’accès à l’électromobilité aux ménages plus modestes », a reconnu François Bausch, avant de tempérer : « Cela ne résoudra pas le problème. »
Même prudence chez Gerry Wagner. S’il salue l’objectif social, il doute de l’efficacité du mécanisme. Le dispositif cible en effet des ménages qui ne disposent pas nécessairement d’une borne de recharge à domicile — un obstacle majeur à l’usage quotidien d’un véhicule électrique.
Le leasing social peut élargir l’accès à l’électrique. Il ne suffira pas, à lui seul, à combler l’écart entre les ambitions climatiques affichées et la trajectoire actuelle. La transition se joue sur l’ensemble de la chaîne de mobilité : infrastructures, fiscalité et alternatives crédibles au tout-voiture.
En savoir plus sur Ecorama Luxembourg
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
