Par Rudolphe Aben – Entrepreneur dans la Proptech et CEO au Luxembourg

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les chiffres de l’immobilier paraissent toujours avec six mois de retard dans les journaux ? Pourquoi, en juin 2025, on commence à lire que « le marché a mal démarré en 2025 » – alors que, sur le terrain, il est reparti en flèche dès février ?

La vérité, c’est que les indicateurs utilisés sont obsolètes, les méthodes de collecte dépassées, et les analyses souvent influencées par une lecture politique ou émotionnelle du marché. En réalité, le deuxième semestre 2025 a été bien meilleur que prévu, dopé par les incitations fiscales, les subventions à la rénovation et les mécanismes de soutien temporaire mis en place par l’État.

Pourquoi ? Parce que notre marché immobilier ne parle pas en temps réel. Il respire avec plusieurs mois de retard.

Lutte anti blanchiment d’argent: Saviez-vous qu’une agence immobilière doit réunir environ dix documents différents simplement pour pouvoir entamer légalement commercialiser un bien ? Et qu’elle doit ensuite les envoyer par courrier postal à l’Enregistrement – pas par e-mail, ni via une plateforme en ligne avec paiement immédiat – mais bien par lettre, attendre plusieurs jours ou semaines pour recevoir une réponse… puis effectuer un virement bancaire manuel, avant de recevoir enfin une confirmation, souvent un mois plus tard ? Et si, par malheur, un seul de ces documents manque, l’amende peut atteindre plusieurs milliers d’euros.

Et cela révèle une vérité plus grave : le Luxembourg est à la traîne dans la digitalisation de son immobilier.

1. Le constat : un marché encore trop lent, trop opaque, trop manuel

Sous ses apparences modernes, le secteur immobilier luxembourgeois reste prisonnier de logiques anciennes :

Des portails immobiliers vitrines, sans algorithmes avancés, sans moteur prédictif, ni personnalisation intelligente. (Nextimmo.lu.lu, par exemple, fait partie des rares plateformes qui commencent à intégrer des logiques hybrides de matching et de scoring).

Des bases de données cloisonnées, inexploitables en temps réel, sans API publiques, ni standard de valorisation.

Un manque cruel de transparence : pas de registre des prix de vente accessible, pas de corrélation directe entre annonces et données cadastrales.

Des processus manuels : qualification des acheteurs, prise de rendez-vous, rédaction des mandats – tout repose encore sur l’humain, là où des outils existent déjà.

Un écosystème de start-ups sous-développé, alors que les Proptechs explosent partout ailleurs.

2. Ce que font mieux les autres pays

Pendant que le Luxembourg hésite, d’autres avancent à toute vitesse :

États-Unis :

Zillow, Redfin et autres utilisent des algorithmes d’analyse prédictive pour :

• prédire la probabilité de vente d’un bien,

• évaluer en temps réel sa valeur,

• et proposer des visites interactives enrichies par IA.

Pays-Bas :

Registre centralisé, transparent, accessible à tous.

Chaque citoyen peut consulter l’historique d’un bien, sa valeur, ses évolutions fiscales, et même les plans urbanistiques à venir.

Estonie :

Signature électronique des actes notariés, intégration totale entre cadastre, administration foncière et portails privés. Un acheteur peut acquérir un bien à distance, en quelques clics.

Allemagne :

Des modèles dynamiques ajustent la valeur des biens en fonction de l’inflation, des taux, de la demande locale.

Les banques s’appuient déjà sur ces scores IA pour accorder des prêts.

Émirats Arabes Unis (Dubaï) :

Des agents IA en ligne 24/7, capables de guider une visite, de répondre en temps réel, de préqualifier l’acheteur et de le connecter directement à une simulation de prêt.

3. Ce que l’intelligence artificielle peut apporter ici – concrètement

Pour le vendeur :

– Estimation automatique, mise à jour en continu avec les données du marché.

– Score de vente prédictif : « votre bien a 87 % de chances de se vendre entre 1,2 et 1,3 million dans les 4 prochaines semaines ».

– Matching intelligent avec des acheteurs réellement solvables.

– Automatisation de la rédaction des mandats, rapports de visites, relances, etc.

– Outils de valorisation visuelle : home staging virtuel, retouches IA, plans dynamiques.

– Et pour les biens d’exception : la possibilité de vendre discrètement, sans portails publics, via des canaux off-market sécurisés, comme le propose Secretimmo.

Pour l’acheteur :

– Recherche intelligente, intuitive, évolutive.

– Suggestions basées sur son comportement, pas seulement ses filtres.

– Évaluations du potentiel d’un bien (plus-value, évolution du quartier, rentabilité locative).

– Visites virtuelles immersives, en interaction avec des agents IA.

– Dossiers de financement auto-complétés, coaching virtuel 24/7.

Et surtout : une expérience plus fluide, plus rapide, plus fiable – à la hauteur des standards d’un pays moderne.

4. Pourquoi le Luxembourg doit agir maintenant

Parce que :

– Les plateformes internationales arrivent, avec leurs propres standards.

– Les jeunes générations ne comprennent pas pourquoi un achat immobilier prend trois mois et nécessite dix signatures papier.

– Les investisseurs institutionnels réclament des données, de l’automatisation et de la prévisibilité.

Et surtout, parce que les outils existent déjà. Ce n’est pas une question de technologie. C’est une question de volonté.

5. Que faut-il faire ? Une feuille de route claire

1. Créer un registre des ventes accessible aux professionnels certifiés.

2. Ouvrir les données cadastrales, fiscales et urbanistiques via des API modernes.

3. Soutenir l’émergence de Proptechs luxembourgeoises à travers des appels à projets ciblés.

4. Créer un label national pour les agences digitalement avancées.

5. Former les acteurs du marché à l’usage de l’IA, des CRM intelligents et de l’analyse prédictive.

6. Lancer une stratégie nationale de transparence immobilière – basée sur la donnée.

L’intelligence artificielle ne remplacera pas les professionnels de l’immobilier. Mais elle remplacera ceux qui refusent d’évoluer.

Le Luxembourg a une chance unique de devenir une place immobilière moderne, fluide, performante – à condition de sortir de sa torpeur numérique.

Car pendant que certains discutent de transformation digitale, d’autres la construisent. En silence. Avec des algorithmes.

À propos de l’auteur :

Rudolphe Aben est entrepreneur luxembourgeois, fondateur de plusieurs plateformes (Nextimmo.lu, Secretimmo.lu , Goodwork.lu) dans la Proptech, et spécialiste de la digitalisation des modèles économiques immobiliers. Il milite pour un marché plus fluide, plus intelligent, et réellement centré sur l’utilisateur.


En savoir plus sur Ecorama Luxembourg

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.