Par Matt Christensen
Responsable mondial de l’investissement durable et à impact chez Allianz Global Investors

L’investissement durable est-il révolu ? Loin de là, selon nous. L’évolution de la situation mondiale devrait conduire à une approche plus pragmatique permettant de réaliser de nouveaux progrès.

Il était difficile de prévoir la rapidité avec laquelle certains des thèmes liés à la durabilité que nous avions repérés pour 2025 allaient se développer. Cette année était toujours susceptible d’être une période de transition après les élections de 2024 – les électeurs de plus de 60 pays se sont rendus aux urnes – mais la question de la contribution structurelle de la durabilité s’est rapidement posée.

Après une année record en termes d’événements météorologiques, 2025 a débuté avec des incendies en Californie. Il est de plus en plus admis que les normes climatiques changent ; ce qui était rare n’est plus surprenant. L’attention se porte donc sur les plans de transition climatique dans lesquels les entreprises détaillent la manière dont elles s’adapteront à ce monde en mutation. Ces plans nécessitent une approche complète et coordonnée de six éléments essentiels : la transition énergétique, l’efficacité énergétique, la politique de transition, la transition et les risques physiques, la modélisation de scénarios climatiques avancés et la transition juste. Les investisseurs tiendront de plus en plus compte de ces plans de transition lorsqu’ils évalueront les entreprises et les secteurs.

Nous nous attendions également à ce que 2025 soit un grand moment de vérité pour la réglementation en matière de durabilité, mais l’ampleur et le rythme du changement ont surpris. Il était attendu que les exigences déjà lourdes en matière de rapports pour les investisseurs et les entreprises augmentent, mais il n’y avait guère de preuves que ces exigences supplémentaires seraient efficaces pour débloquer le capital nécessaire à la transition. On peut donc se demander si le renforcement de la réglementation en Europe ne nuit pas à sa compétitivité par rapport à d’autres régions. Nous sommes encouragés par les premières mesures prises par les régulateurs en vue de simplifier et de rendre plus pragmatiques les règles de circulation des capitaux.

La modélisation climatique est de plus en plus avancée et permet de quantifier et de qualifier les risques macroéconomiques selon différents scénarios de températures futures. Le Network for Greening the Financial System estime désormais les pertes potentielles dues aux risques physiques à plus de 10 % du PIB mondial d’ici à 2050 dans un scénario de réchauffement de 1,9 à 2,1 °C. Ce changement dans les prévisions est dû aux progrès de la modélisation des dommages potentiels, plutôt qu’à une évolution des températures.

La mise à jour des contributions déterminées au niveau national (CDN) ayant été reportée à septembre 2025 – date à laquelle près de 200 pays s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre -, les États pourraient avoir l’occasion d’accroître leurs ambitions.

Le changement d’administration aux États-Unis a comme prévu entraîné un réexamen de la manière dont le pays dépense son budget de défense. Ce sujet est désormais au sommet de l’agenda mondial, et il y a un consensus croissant sur le fait que le sommet de l’OTAN en juin consolidera un engagement plus important des pays de l’OTAN n’appartenant pas à l’UE. Ces dépenses supplémentaires sont très importantes, même sans tenir compte des bilans tendus des États. Le financement privé fait partie intégrante du financement de ce déficit de dépenses, mais pour l’attirer, les décideurs politiques, les régulateurs, les investisseurs et le secteur doivent se mettre d’accord sur quoi, comment et où la défense est financée.

Enfin, nous constatons le début de changements structurels dans la main-d’œuvre moderne. L’économie mondiale subit une transformation complexe et une approche moderne du travail est nécessaire pour minimiser les risques de perturbation et maximiser les opportunités de cette transition. Face aux risques accrus de licenciements dans certains domaines et aux pénuries de compétences dans d’autres, les solutions porteront sur la nature du travail, mais aussi la manière, le lieu et par qui il est effectué. Ce sujet recouvre de nombreux aspects de la transition et nous sommes encouragés par l’engagement positif de nos clients.

Le développement durable n’est pas terminé, loin de là. L’économie mondiale ne peut être résiliente que si elle sort de la crise actuelle, et les cinq thèmes présentés constitueront les facteurs les plus importants des progrès.


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