Deuxième et dernière partie de notre article sur « le coût d’être une femme au Luxembourg en 2025 ». Il est question ici de répartition des tâches, du coût de la santé, d’apparence et de maternité.

Au fond, n’est-ce pas une question de génération ? « Maintenant, les garçons participent aux tâches ménagères », indique Lisa pour qui la répartition n’est pas encore équitable. « Ce que mon compagnon fait c’est étendre le linge avec moi et débarrasser la table, c’est aider. Après le travail, je dois penser aux courses, à ce que je vais faire à manger le soir, aux vêtements du lendemain. C’est moi la cheffe de la maison ». Si elle avait un enfant, la charge serait double. « On doit gérer pour lui. Ce que je remarque, c’est ce que c’est la mère qui pense pour la famille, c’est rarement le père qui gère tout ».

Lizzy, 36 ans, est handicapée. Elle raconte qu’un ex- petit ami lui a un jour dit que c’était aux femmes de s’occuper du linge. Aujourd’hui, elle partage sa vie avec « quelqu’un de bon et de gentil ». « J’ai un partenaire qui m’aide beaucoup », souffle-t-elle. La charge mentale, « c’est ce qui fatigue le plus car il faut tout régler ». Lorsqu’elle était célibataire, elle utilisait des services de livraison de repas à domicile car « je n’avais plus la force de cuisiner. En couple, c’est plus facile ». Si on a quelqu’un de bien à ses côtés. A l’opposé, Anna semble mieux lotie. Si son deuxième époux s’occupe de la petite dernière et des repas, elle doit tout de même gérer la relation avec son ex-mari et les deux grandes filles.

Une césarienne à 5.000 euros

Stéphanie dresse cet amer constat. Dans une carrière professionnelle : « il n’y a jamais un bon moment pour être une femme ». Encore aujourd’hui, devenir mère est une évolution personnelle encore très mal perçue. Clairement, elle peut freiner la progression d’une carrière professionnelle. Cette salariée du secteur bancaire n’a pas encore donné la vie. Elle le dit clairement : «l’idée de la maternité ne m’a pas traversé l’esprit». Pour une seule raison : son travail. « Dans mon entreprise, plusieurs fois on m’a demandé si j’étais enceinte ou si je voulais des enfants ». Pis encore : « on disait que si une telle prend un jour de télétravail, c’est pour s’occuper de ses gosses ».

Etre une femme, c’est faire face à des dépenses liées à sa santé. Moyen de contraception, soins gynécologiques, grossesse, suivi médical spécifique. Tout ceci n’est pas gratuit. Loin de là. Interrogée sur ce thème, Cathia pense qu’il est « par exemple totalement anormal que certains traitements de contraception-souvent les plus performants, les plus récents et avec le moins d’effets secondaires soient non ou mal remboursés », par rapport aux autres. « C’est pourtant un enjeu de santé publique et qui est donc à la charge des femmes ». Cependant, depuis le 1er avril 2023, au Luxembourg, les moyens de contraception (pilule, patches, stérilet et stérilisation) sont remboursés à 100 %, sans limite d’âge.

Pareil, selon elle pour les grossesses, les accouchements et les hospitalisations : « il y a deux poids et deux mesures selon les revenus de chacune. Sans mutuelle de santé, les conditions peuvent être bien plus difficiles ». Anna en a vécu trois accompagnées à chaque fois d’une Césarienne qui est considérée comme une opération. « A l’époque, j’ai dû avancer les frais. La dernière m’a coûté 5.000 euros ». Plus on avance en âge, plus la facture s’alourdit. Une visite de contrôle chez le gynécologue ne coûtera pas la même chose si on en a 30 ou 40 ans. .

De grandes dépenses pour « rester dans la compétition »

En fait, ce qui coûte le plus tous les mois, ce sont les protections. « Je dépense à peu près 45 euros par mois pour des serviettes hygiéniques. Avec les tampons, c’est 20 euros en plus, donc en tout, cela fait 65 euros », détaille-t-elle. Ses deux aînées étant adolescentes, une dépense supplémentaire (la pilule) s’ajoutera bientôt. « C’est cher d’avoir des filles, sourit Anna, elles ont les mêmes soucis que nous. C’est un budget en plus et c’est moi qui le supporte ».

En 2025, les femmes sont encore soumises à une pression pour répondre aux normes de beauté imposées par la société. Dépenser son argent dans les produits cosmétiques, les vêtements, la coiffure, les soins du corps… ces dépenses sont considérées comme nécessaires afin de rester « dans la compétition ». Doivent-elles vraiment investir plus que les hommes pour être prises au sérieux dans le monde professionnel ? Là encore, la réponse varie selon les personnes. Alice répond par l’affirmative. « Un homme peut acheter cinq chemises, quatre costumes et deux paires de chaussures, ça leur dure 5 ans. Pour les femmes, c’est plus compliqué. Cinq jupes et trois chemisiers, ça s’use. Etant donné la qualité des vêtements et l’usure, on dépense aussi plus », observe-t-elle. La conception que l’on doit s’habiller tous les jours différemment est, d’une certaine manière, une forme de pression sociale. Car « on nous a fait croire qu’il fallait être jolie. Même si on ne veux pas le faire, on est plus ou moins obligée alors que pour les hommes, il n’y a pas cette pression ».

Cathia est plus réservée. « Je dirai qu’en début de carrière, à la sortie des études, les femmes doivent plus rapidement (et sans doute davantage) investir que les hommes dans une garde-robe « de base ». Il y a aussi plus d’accessoires à prévoir, en général (sacs, bijoux…) Mais cela dépend aussi de chacun/chacune, de son style personnel et de ce qu’elle veut donner à voir de sa personne ». Depuis une bonne décennie, les dress codes ont « nettement évolué et plus rapidement pour les femmes que pour les hommes. Hormis parfois dans certains secteurs (banques/finances), les femmes peuvent porter des vêtements plus ‘casuals ‘».

Lisa confie dépenser 1500 euros par an pour les habits, les chaussures, le maquillage, Lizzy avance le chiffre de 2.000 euros, Stéphanie 200 euros pour le maquillage tandis que Anna débourse beaucoup plus. « A quatre filles, le budget vêtement tourne entre 250 et 350 euros par mois ». Pour elle seule, « c’est 200 euros . Il est vrai aussi que j’aime faire du shopping ». S’ajoute encore le soin des ongles (deux fois par mois – 160 euros) et le coiffeur (trois fois par mois, 100 euros à chaque fois. NDLR : ayant les cheveux crépus, elle va régulièrement faire un brushing). La facture chez le coiffeur peut être plus élevée si on fait une couleur.

La maternité, une étape de la vie luxueuse ?

Toutefois, avec le développement du télétravail, certaines habitudes ont changé. Nombreuses sont elles qui ne se maquillent pas lorsqu’elle travaillent depuis la maison. Au moment où nous l’avons interrogé, Lisa n’avait pas mis d’eyeliner à ses yeux. « Je le ferai quand je serai en présentiel ». D’ailleurs, en France au plus fort de la pandémie de Covid-19, les ventes de produits de beauté ont chuté de 25% sur les six premiers mois de l’année.

La question du congé parental et des services de garde d’enfant est particulièrement importante dans notre pays. Bien que des avancées ont été faites pour faciliter la vie des parents, la gestion de la parentalité reste un fardeau économique. Indispensable, le congé maternité a un coût direct pour les mères. Elles doivent souvent faire face à une perte de revenus. Anna l’a vécu. Elle explique que lors des deux premières grossesses, elle avait pris le congé parental à temps plein. Elle touchait la moitié de son salaire. Au moment où sa troisième fille est arrivée, le montant était plafonné. « Je gardais les enfants à la maison quand j’étais en congé parental. On faisait attention aux dépenses. Pour la troisième, j’ai pris un mi-temps ». Bien qu’il existe des crèches agréées par l’État et les chèques-service qui permettent de réduire les coûts et qu’elles soient prisées, beaucoup de familles optent pour des établissements privés (ça peut aller jusqu’à 1.500 euros pour deux enfants. Le prix de l’heure étant calculé en fonction du revenu des parents).

Face à ces défis, quelles sont les solutions possibles ? D’après Chris, « il faut prendre la responsabilité en tant que femme de pouvoir dire non et de mettre des limites. Il faut clarifier les choses dès le départ, avoir confiance en soi et être fidèle à ses valeurs peu importe l’entreprise. Il faut éduquer les garçons et les filles pour l’égalité ».

Quant à Anna, elle répond d’emblée : « il faudrait que les mentalités changent, que les femmes prennent la parole. Peut-être proposer des choses qui font sens. C’est compliqué, c’est dur d’être une femme ». « Tant que la femme ne prend pas la parole, elle ne peut pas défendre ses droits elle-même. Je ne sais pas si un jour nos filles nous diront que les choses ont évolué ».

Pour aller plus loin :

Sur la santé : https://igss.gouvernement.lu/dam-assets/publications/rapport-g%C3%A9n%C3%A9ral-sur-la-s%C3%A9curit%C3%A9-sociale/rapport-gnral-sur-la-scurit-sociale-2024.pdf

https://mega.public.lu/fr/observatoire-egalite/sante/7-2-soins-de-sante.html

Sur le congé parental : https://mfsva.gouvernement.lu/dam-assets/publications/rapport-etude-analyse/conge-parental/Rapport-LISER-Evaluation-intermediaire-des-resultats-de-la-reforme-du-conge-parental-de-2016.pdf


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