Les prochaines élections fédérales prévues en septembre 2025 pourraient donner l’impulsion d’un nouveau départ, selon un spécialiste de la finance.

Comme il y a vingt ans, l’Allemagne se trouver aujourd’hui dans une période d’incertitude et « de désorientation qui exige d’urgence une action politique décisive », remarque Olgerd Eichler, gestionnaire de portefeuille dans l’ équipe Blend/European Equities de Mainfirst. A cette époque, la crise était en grande partie domestique tandis que les problèmes actuels trouvent également leurs racines dans l’interdépendance mondiale de l’Allemagne et sont plus complexes.

Aujourd’hui, le pays est confronté à des défis de taille. Bien que l’économie se soit remise des séquelles de la pandémie de Covid-19, la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine ont « révélé des faiblesses ». La dépendance vis-à-vis des énergies fossiles pèse sur la compétitivité. De plus, la croissance économique est « au point mort ». La production industrielle baisse dans certains secteurs clés (l’automobile et la chimie).

Dans le même temps, «la transition numérique pose des problèmes d’adaptation structurelle à l’économie », juge le spécialiste. Pionnière en matière d’ingénierie, l’Allemagne se situe dans la queue de peloton lors qu’il s’agit des technologies de pointe comme l’intelligence artificielle. À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques : la concurrence entre les États-Unis et la Chine, la guerre en Ukraine et la réorganisation mondiale des relations commerciales exigent une réorientation stratégique.

De multiples défis intérieurs

L’un des principaux freins au progrès et au renouveau en Allemagne est la bureaucratie. Les longues procédures d’autorisation, l’excès de réglementation et le manque de coordination entre l’État fédéral, les Länder et les communes rendent souvent difficile la mise en œuvre de projets et d’idées. Ces obstacles ne freinent pas seulement le développement économique, mais entravent également les progrès urgents et nécessaires dans les domaines de la numérisation, des infrastructures et des énergies renouvelables. Une débureaucratisation conséquente ainsi que le développement de processus administratifs numériques sont donc indispensables pour garantir la compétitivité de l’Allemagne à long terme.

Sur le plan de la politique intérieure, le pays est également confronté à de multiples défis : hausse de l’inflation, inégalités sociales, immigration, fautes politiques et crise climatique divisent la société. « De nombreux citoyens sont frustrés par la stagnation politique et réclament des réformes ambitieuses », souligne-t-il.

Il y a plus de vingt ans, Gerhard Schröder annonçait l’Agenda 2010 dans une déclaration gouvernementale. « L’Allemagne se trouvait alors dans l’une des pires crises économiques de son histoire d’après-guerre. Le taux de chômage était alarmant et la croissance économique stagnait. À cela s’ajoutaient des charges sociales élevées qui pesaient sur les entreprises et affectaient la compétitivité de l’économie du pays », rappelle le gestionnaire de portefeuille. Le magazine britannique The Economist a qualifié l’Allemagne d’ « homme malade de l’Europe » – une description amère pour une nation qui était autrefois considérée comme le moteur économique de l’Europe.

Au cœur de cette crise, le gouvernement de Gerhard Schröder a osé une réforme historique : l’Agenda 2010. On y trouvait ses mesures telles que l’assouplissement de la protection contre le licenciement, l’introduction des lois Hartz IV et la dérégulation du marché du travail. Elles devaient favoriser l’emploi et renforcer la compétitivité de l’économie. Controversées, « ces réformes ont jeté les bases de la reprise économique qui a suivi et qui a permis à l’Allemagne de retrouver sa force et sa compétitivité ».

Faire avancer les réformes nécessaires

D’après Olgerd Eichler, les prochaines élections offrent l’opportunité de « réorienter le pays et de débloquer les réformes en suspens ». Il estime qu’un nouveau gouvernement pourrait « faire avancer les réformes nécessaires dans les domaines de la numérisation, de l’immigration, de la bureaucratie et de l’énergie ».

Mais pour cela, il faut avant tout des objectifs clairs, des décisions audacieuses et une politique économique ciblée. Cela permettrait à l’Allemagne non seulement de retrouver sa position de moteur économique européen, mais aussi de renforcer sa présence mondiale. Le pays doit à nouveau prouver qu’il est à la hauteur des défis de son temps. Avec une politique proactive qui met l’accent sur l’innovation, la performance et la compétitivité mondiale, « l’homme malade de l’Europe » peut redevenir une anecdote du passé. Des objectifs communs et un gouvernement ouvert aux réformes pourraient faire de l’Allemagne un modèle de renouveau en Europe, en tant que pionnier de l’économie, du climat et de la cohésion sociale.


En savoir plus sur Ecorama Luxembourg

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.