Entre avancées réglementaires, critiques virulentes et innovations durables, l’année 2025 aura confirmé que l’ESG est autant une bataille idéologique qu’un enjeu économique majeur.
Par Candice Boclé, Directrice Investissement Responsable chez Mandarine Gestion
L’ESG sous pression mais toujours incontournable
Dans un climat mondial morose – sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, retrait de grandes institutions financières des alliances Net Zero, affaiblissement en Europe de plusieurs textes liés au reporting extra-financier – les fonds ESG ont néanmoins continué à attirer des capitaux. Au T3 2025, les fonds relevant de l’article 8 ont enregistré un afflux net de 75 milliards d’euros, en hausse par rapport aux 47 milliards du trimestre précédent (Morningstar). Cependant, les soupçons de greenwashing persistent.
L’Europe, pilier de confiance pour les investisseurs durables
Malgré les critiques, l’intérêt pour l’ESG reste fort. Les flux sont désormais plus sélectifs, signe d’une maturité du marché. L’Europe, grâce à ses cadres réglementaires clairs (SFDR, Taxonomie, CSRD), apparaît comme un refuge stratégique. Quelques exemples marquants de cette année : The People’s Pension (Royaume-Uni) a transféré 25,2 milliards de dollars vers Amundi. AkademikerPension (Danemark) a réalloué 480 millions de dollars d’un gestionnaire américain vers l’Europe. Ces mouvements traduisent une volonté d’éviter l’incertitude politique américaine et de profiter de la stabilité européenne, malgré les débats autour du projet Omnibus, qui simplifie le cadre de reporting extra-financier. De plus, au sein du Vieux Continent, l’objectif contraignant de -90% d’émissions nettes d’ici 2040 fixé en 2025 oblige les entreprises à passer de la communication à l’action.
Climat : priorité affichée au niveau mondial, progrès insuffisants
Lors de la COP30 à Belém en novembre 2025, le président de l’OMS rappelait :
« Une planète malade signifie des personnes malades. La crise climatique est une crise sanitaire, non pas dans le futur, mais dès maintenant. Il est beaucoup plus facile de convaincre les gens de la nécessité de protéger leur propre santé ou celle de leurs enfants que de protéger les glaciers ou les écosystèmes. Les deux sont importants. L’un est beaucoup plus proche de chez nous. »
Malgré cette prise de conscience, la COP n’a pas réussi à imposer une trajectoire claire de sortie des énergies fossiles, laissant à la COP31 (juin 2026) la tâche de reprendre les dossiers sensibles.
Les annonces de neutralité carbone se multiplient, mais les résultats restent limités. Selon le MSCI Sustainability Institute1, 1% des entreprises cotées génèrent 55% des émissions mondiales, principalement dans l’énergie, les services publics et les matériaux de base. Certaines multinationales affichent des objectifs ambitieux mais leur traduction opérationnelle demande encore à être consolidée.
Quelques acteurs montrent des progrès tangibles toutefois, à l’instar de Ørsted, ancien géant du pétrole danois, qui a réduit ses émissions de plus de 80 % en dix ans en se reconvertissant dans l’éolien offshore.
Le chant du cygne ou l’aube d’une victoire ?
Le backlash populiste contre l’écologie pourrait paradoxalement signaler que l’ESG est en train de s’imposer. L’histoire de ces deux derniers siècles montre que les résistances conservatrices apparaissent souvent quand une victoire est proche.
Les actifs sous gestion ESG devraient atteindre 3 000 milliards de dollars, avec une croissance plus sélective qu’entre 2020 et 2022. Les investisseurs privilégient les fonds capables de démontrer une valeur ajoutée réelle, notamment via les obligations durables. Le marché des obligations vertes devrait dépasser 1 000 milliards de dollars d’émissions annuelles, confirmant leur rôle central dans le financement de la transition. Enfin, les jeunes générations continueront à pousser la demande pour des produits financiers transparents et alignés sur leurs valeurs.
L’année 2025 a montré que l’ESG s’est installé durablement dans le paysage financier, sans pour autant constituer un consensus. Les prochaines étapes seront marquées par une demande accrue de données vérifiables, un encadrement réglementaire à la fois simplifié et plus précis, combiné à une attente de résultats mesurables.
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